Shein continue de tisser sa toile

Après avoir inondé l’Europe et les États-Unis de ses vêtements à tout petits prix, la plateforme chinoise cherche désormais à entrer en Bourse.

Sur les réseaux sociaux, Shein est devenue incontournable. Les vidéos d’influenceurs ouvrant des colis remplis de vêtements et d’accessoires de la marque se multiplient et cumulent des milliards de vues, notamment sur TikTok. Cette présence massive illustre l’ascension spectaculaire de l’entreprise chinoise, devenue l’un des symboles de l’ultra-fast fashion.

À l’origine de Shein se trouve Xu Yangtian, également connu sous le nom de Chris Xu. Spécialiste du marketing en ligne, il commence son activité à la fin des années 2000. L’entreprise prend véritablement son essor au début des années 2010 en se tournant vers les vêtements et les accessoires et en poussant beaucoup plus loin le renouvellement permanent des collections.

Shein propose aujourd’hui un nombre considérable de nouvelles références, avec plusieurs milliers de modèles mis en ligne quotidiennement. Cette abondance s’accompagne de prix extrêmement bas : certains tee-shirts sont proposés autour de 5 euros et des robes à une dizaine d’euros. Une fois produits et emballés, les articles sont expédiés vers de très nombreux pays.

En quelques années, l’entreprise s’est ainsi imposée aux États-Unis et en Europe. Née en Chine, elle s’est très rapidement tournée vers l’international plutôt que de chercher à conquérir prioritairement le marché chinois. Cette stratégie lui a permis de mieux adapter son offre aux attentes des consommateurs occidentaux.

La croissance financière de Shein est tout aussi impressionnante. Selon les estimations citées dans l’article, ses bénéfices auraient fortement progressé en 2023, pour atteindre environ 2 milliards de dollars. L’entreprise reste toutefois très discrète sur ses résultats financiers, ce qui entretient les spéculations autour de sa situation économique.

Cette réussite alimente les discussions autour d’une éventuelle introduction en Bourse. Après avoir installé son siège à Singapour, Shein a envisagé plusieurs places financières. Wall Street a notamment été évoquée, mais les tensions entre les États-Unis et la Chine rendent cette perspective plus complexe. Londres apparaît également comme une possibilité sérieuse. La valorisation de l’entreprise pourrait atteindre plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Une stratégie entièrement numérique

Shein s’est développée sans s’appuyer sur un réseau traditionnel de magasins permanents. La marque privilégie le numérique, même si elle ouvre ponctuellement des boutiques éphémères. Son modèle repose notamment sur des techniques de marketing particulièrement agressives et sur une connaissance très fine du comportement de ses consommateurs.

Les réseaux sociaux occupent une place essentielle dans cette stratégie. De nombreux comptes et influenceurs publient des contenus destinés à susciter l’achat, tandis que la plateforme utilise différentes mécaniques promotionnelles pour encourager les utilisateurs à revenir régulièrement.

TikTok a notamment constitué un puissant accélérateur. Shein y a développé une stratégie reposant sur de nombreux petits et moyens influenceurs, capables de présenter ses produits à un public jeune. L’entreprise consacre ainsi des sommes considérables à la publicité numérique et figure parmi les grands annonceurs sur les plateformes de Meta.

Une production guidée par les données

L’un des principaux avantages de Shein réside dans sa capacité à identifier extrêmement rapidement les nouvelles tendances. L’entreprise s’appuie fortement sur les données et l’automatisation pour repérer ce qui intéresse les consommateurs et adapter son catalogue.

Son fonctionnement se distingue ainsi de celui d’une marque de mode traditionnelle. Plutôt que de concevoir de grandes collections longtemps à l’avance, Shein peut générer et tester quotidiennement des milliers de références.

Les vêtements sont d’abord fabriqués en très petites quantités, avec des lots pouvant se limiter à environ 150 ou 200 exemplaires. Lorsqu’un modèle rencontre son public, sa production est rapidement augmentée. Ce fonctionnement permet à l’entreprise de passer d’une logique prédictive à un modèle beaucoup plus réactif, dans lequel les tendances observées presque en temps réel déterminent la production.

La rapidité constitue donc un élément central du système : le délai entre la conception d’un vêtement et sa commercialisation peut être extrêmement court. Cette organisation permet également à Shein de maintenir des stocks relativement faibles et de réaliser des économies importantes.

Un vaste réseau de fournisseurs

Derrière cette efficacité se trouve un important réseau industriel chinois. Shein travaille avec plusieurs milliers d’entreprises et d’ateliers, notamment autour de Guangzhou, dans le sud de la Chine.

Cette organisation suscite néanmoins des critiques concernant les conditions de travail chez certains sous-traitants. L’article évoque notamment des ouvriers travaillant de longues semaines et rémunérés en partie à la pièce. Shein affirme de son côté effectuer des audits chez ses fournisseurs, intervenir lorsque des violations sont constatées et imposer des règles à ses partenaires.

L’entreprise doit également faire face aux accusations de plagiat. Des créateurs et différentes marques ont reproché à Shein de reprendre certains de leurs modèles. Face aux nombreuses plaintes, le groupe constitue des provisions financières pour couvrir d’éventuels litiges.

Un modèle confronté aux critiques environnementales

Les conséquences environnementales de l’ultra-fast fashion représentent un autre sujet majeur. Shein défend son système de production en petites séries en expliquant qu’il permet de limiter les invendus. Ses détracteurs considèrent cependant que le principal problème réside dans les volumes considérables de vêtements mis sur le marché.

En France, des milliards de pièces sont vendues chaque année et la multiplication de nouveaux modèles contribue à alimenter une consommation toujours plus importante. Les associations environnementales critiquent également la durée de vie limitée de nombreux vêtements et l’impact carbone lié à leur transport, notamment lorsque les commandes sont expédiées par avion.

La pression devient aussi politique. En France, les pouvoirs publics se sont saisis du sujet de la fast fashion et des propositions visant à limiter son impact ont été examinées. Parmi les pistes évoquées figurent notamment des mécanismes de bonus-malus environnementaux et des restrictions concernant la publicité.

Shein cherche parallèlement à défendre son image et ses intérêts auprès des responsables politiques. L’entreprise a notamment recours à des activités de lobbying, dans un contexte où son modèle économique fait l’objet d’une surveillance croissante.

Malgré ces controverses, Shein poursuit son développement et cherche de nouvelles sources de croissance. Le groupe expérimente notamment un modèle de marketplace dans plusieurs pays, permettant à des vendeurs tiers de commercialiser leurs produits sur sa plateforme.

Cette diversification intervient alors que Shein prépare toujours son avenir financier et envisage une introduction en Bourse. Mais entre les accusations de plagiat, les interrogations sur les conditions de fabrication, les critiques environnementales et le durcissement potentiel de la réglementation, son modèle reste sous pression.

L’entreprise conserve néanmoins une puissance commerciale considérable et une capacité à s’adapter rapidement. Reste à savoir si les obstacles réglementaires et politiques parviendront réellement à ralentir son expansion, alors que d’autres plateformes chinoises de commerce en ligne, notamment Temu, connaissent à leur tour une croissance spectaculaire.