Derrière les grandes enseignes, une industrie textile difficile à décrypter
Qui produit réellement les vêtements vendus par Kiabi, H&M, Zara ou Shein ? Derrière les prix très bas et les collections renouvelées en permanence se trouve une chaîne de fabrication complexe, largement fondée sur la sous-traitance et particulièrement difficile à retracer.
Alors que Shein poursuit son développement en France, notamment avec l’ouverture de magasins, son modèle continue de susciter de nombreuses critiques. Certains acteurs du secteur affirment que les usines utilisées par Shein travailleraient également pour d’autres grandes enseignes de prêt-à-porter. Cette affirmation est cependant contestée par des représentants de l’industrie française, qui assurent que les marques ne font pas nécessairement appel aux mêmes ateliers.
Une traçabilité très difficile
La fabrication des vêtements est aujourd’hui largement mondialisée. Une grande partie des produits de nombreuses enseignes est fabriquée en Asie. La production passe souvent par plusieurs entreprises successives : certaines réalisent le filage, d’autres le tissage, la teinture ou encore l’assemblage final.
Cette organisation rend particulièrement difficile l’identification précise de l’origine d’un vêtement. Certaines marques peuvent d’ailleurs partager ponctuellement les mêmes fournisseurs. Mais le véritable enjeu ne concerne pas seulement l’endroit où les vêtements sont fabriqués : les méthodes de production et les conditions de travail peuvent fortement varier d’une entreprise à l’autre.
Une industrie encore très opaque
Shein se distingue par la vitesse extrêmement élevée de son modèle. La plateforme peut proposer plusieurs milliers de nouvelles références chaque jour, tandis que les commandes sont transmises rapidement aux ateliers afin d’adapter la production à la demande.
Pour autant, les autres grandes marques ne sont pas nécessairement beaucoup plus transparentes. Selon les éléments présentés dans l’article, la traçabilité reste très faible dans l’ensemble du secteur. Il est donc souvent compliqué de suivre précisément toutes les étapes de fabrication d’un vêtement produit à l’étranger.
Sandrine Zerbib souligne notamment que, malgré les changements intervenus dans l’industrie depuis la catastrophe du Rana Plaza, les progrès en matière de transparence restent encore limités.
Produire moins pour rendre la mode plus responsable
La réglementation cherche progressivement à améliorer la situation. En France, les entreprises doivent notamment communiquer davantage d’informations concernant l’origine et certaines étapes de fabrication de leurs produits.
Certaines initiatives vont encore plus loin en essayant de retracer toute la chaîne de production, depuis la matière première jusqu’au vêtement terminé. Mais améliorer la traçabilité ne suffirait pas à rendre l’industrie textile réellement durable.
La question des volumes produits reste centrale. Une mode plus responsable nécessiterait donc non seulement de mieux connaître l’origine des vêtements, mais aussi de ralentir la production, de réduire les quantités mises sur le marché et de garantir de meilleures conditions de travail.

